Dans ce nouveau numéro du “Dessous des datas”, Christian Parisot, fondateur d’Altaïr Economics, analyse le rapport de force entre la Chine et les États-Unis. Si Pékin semble aujourd’hui afficher une position de force face à Washington, notamment après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping, l’économie chinoise reste traversée par de profondes fragilités : faiblesse de la demande intérieure, crise immobilière persistante, tensions bancaires, ralentissement industriel et dépendance aux équilibres géopolitiques mondiaux.
Chine–États-Unis : un sommet en forme de statu quo
La récente visite d’État de Donald Trump en Chine s’est achevée sur un résultat pour le moins mitigé. À première vue, la rencontre entre les deux grandes puissances a surtout donné le sentiment d’un rapport de force en faveur de Pékin. Les deux pays se sont jaugés, mais l’image renvoyée par cette séquence diplomatique est celle d’une puissance américaine moins à l’aise face à une Chine qui paraît, au moins en façade, mieux maîtriser son agenda.
Christian Parisot, fondateur d’Altaïr Economics, souligne que la Chine semble aujourd’hui tirer parti des difficultés rencontrées par les États-Unis au Moyen-Orient. Dans ce contexte, l’économie chinoise donne l’impression de bien résister, tandis que Washington apparaît davantage en position de demandeur. Donald Trump, fidèle à sa méthode, cherchait des résultats visibles, notamment sur le plan commercial. Or les avancées concrètes sont restées limitées.
Le président américain aime généralement repartir de ses déplacements avec des annonces spectaculaires de contrats. Cette fois, le bilan est beaucoup plus ténu. L’annonce d’une vente potentielle de 200 avions Boeing à la Chine a bien été évoquée, mais sans signature claire à ce stade. Sur le fond, les discussions commerciales n’ont pas véritablement permis de faire évoluer la relation entre les deux pays.
Le sentiment dominant est donc celui d’un statu quo. Les droits de douane américains imposés à la Chine n’ont pas été substantiellement remis en cause. Mais, fait important, Pékin semble désormais s’en accommoder. La Chine a réussi à contourner une partie de ces barrières, soit par des flux commerciaux passant par le Mexique, le Canada ou d’autres pays, soit en s’insérant davantage dans les chaînes d’approvisionnement d’autres économies asiatiques. Autrement dit, les droits de douane américains ne constituent plus, à ce stade, un enjeu aussi décisif pour Pékin qu’ils pouvaient l’être au début de la confrontation commerciale.
Iran, drones, terres rares : Pékin ne cède pas vraiment
Un autre point important de la rencontre portait sur le rôle que les États-Unis souhaiteraient voir jouer par la Chine dans le dossier iranien. Donald Trump aimerait que Pékin contribue à limiter les exportations de composants utilisés dans la fabrication de drones iraniens. Or, selon Christian Parisot, rien ne montre pour l’instant que la Chine ait réellement répondu aux attentes américaines.
Aucun accord clair n’a été officialisé sur ce sujet. La diplomatie chinoise conserve donc une position de force face aux demandes américaines. Le même constat vaut pour les terres rares, qui restent un levier majeur de pression de Pékin sur Washington. La Chine n’a pas fait d’avancée significative sur ce dossier, tandis que les États-Unis, de leur côté, n’ont pas davantage assoupli leur position sur les ventes de semi-conducteurs.
Sur le plan économique et technologique, la rencontre a donc surtout confirmé l’absence de véritable déblocage. Chacun conserve ses cartes. La Chine garde ses leviers sur les terres rares. Les États-Unis maintiennent leurs restrictions sur les semi-conducteurs. Derrière les déclarations diplomatiques, le cœur du rapport de force reste inchangé.
Taïwan, point central de la pression chinoise
Le dossier taïwanais a également occupé une place centrale. Il a été mis en avant par la Chine, davantage que par les États-Unis. Pékin a clairement cherché à installer Taïwan au cœur de la discussion et à accroître la pression sur Washington.
À l’issue du sommet, Donald Trump a tenu des propos qui ont pu surprendre, en laissant entendre que l’indépendance de Taïwan n’était pas nécessairement une bonne chose. Une telle déclaration marque une inflexion notable par rapport à la ligne traditionnelle de la diplomatie américaine, même si, avec Donald Trump, les positions peuvent évoluer rapidement et parfois brutalement.
Cette séquence a pu donner l’impression que les États-Unis seraient prêts à lâcher Taïwan dans le cadre d’un éventuel marchandage avec la Chine. Mais pour Christian Parisot, cette interprétation doit être fortement nuancée. Les États-Unis ne peuvent pas réellement se permettre d’abandonner Taïwan, pour une raison simple : leur dépendance économique et technologique à l’île est aujourd’hui considérable.
Pourquoi les États-Unis ne peuvent pas abandonner Taïwan
La dépendance américaine à Taïwan s’est encore renforcée ces derniers mois. Le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de Taïwan s’est nettement élargi, notamment parce que l’île fournit des composants électroniques indispensables à l’économie américaine.
Ces composants sont essentiels à la construction des data centers et au développement de l’intelligence artificielle. Pour Christian Parisot, l’enjeu est simple : les États-Unis cherchent désormais à transformer l’électricité en capacité de calcul. Or cette transformation repose sur des investissements massifs dans des composants qui sont, pour une grande part, fabriqués à Taïwan, en particulier par TSMC.
La dépendance américaine à Taïwan est donc plus forte que jamais. Un conflit entre la Chine et Taïwan, avec le risque de destruction ou de paralysie des capacités industrielles taïwanaises, remettrait en cause l’ensemble des investissements américains dans l’intelligence artificielle. Il fragiliserait aussi la stratégie de puissance technologique des États-Unis, qui veulent disposer des meilleurs modèles, des meilleures capacités de calcul et du contrôle des données sur leur propre territoire.
L’intelligence artificielle n’est pas seulement un enjeu économique. C’est aussi un enjeu de souveraineté. Les États-Unis veulent conserver leur avance technologique afin de maintenir leur pouvoir sur les autres économies. Mais cette ambition dépend encore très largement de Taïwan. Rien ne pourra être pleinement investi ou développé sur le sol américain sans les moyens de production aujourd’hui concentrés sur l’île.
C’est pourquoi Christian Parisot estime qu’il faut se méfier des déclarations de Donald Trump. Les États-Unis peuvent donner l’impression de vouloir temporiser ou de chercher un compromis avec Pékin, mais ils ne peuvent pas, à court terme, prendre le risque de laisser la Chine agir librement à Taïwan. La question taïwanaise reste un objectif fondamental pour Pékin, mais tant que Washington demeure aussi dépendant des fournisseurs taïwanais, une évolution géopolitique majeure paraît peu probable.
La Chine est-elle vraiment gagnante ?
Si la Chine semble sortir renforcée de cette séquence diplomatique, Christian Parisot invite à regarder au-delà des apparences. Sur le plan politique et diplomatique, Pékin cultive l’image d’une puissance stable, dotée d’une vision de long terme. Cette posture contraste avec celle d’un président américain plus imprévisible et plus versatile.
Mais sur le plan économique, la situation chinoise est beaucoup moins favorable. La Chine souffre. Elle souffre d’abord de la faiblesse de sa demande intérieure. Les chiffres publiés pour le mois d’avril sont mauvais. La dynamique observée en janvier et février, notamment autour des vacances de printemps, avait donné l’impression d’un redressement de la conjoncture. Mais cette amélioration était largement soutenue par les mesures du gouvernement chinois.
Les autorités avaient notamment stimulé la consommation grâce à des bons d’achat ciblés sur les biens durables. Ces mesures, limitées dans le temps, ont provoqué un surcroît ponctuel de demande. Mais elles ont aussi créé un contrecoup. Les biens durables, par définition, ne sont pas achetés tous les mois. Lorsqu’une politique publique stimule artificiellement ces achats sur une courte période, elle tire temporairement la croissance, mais sans enclencher de dynamique durable.
Les ventes au détail montrent aujourd’hui les limites de cette stimulation. La demande intérieure chinoise reste molle et ne bénéficie pas d’un véritable effet multiplicateur. La consommation ne redémarre pas spontanément. Elle dépend encore trop des impulsions publiques.
L’industrie chinoise ralentit à son tour
Le deuxième point de fragilité concerne le secteur industriel. L’activité industrielle chinoise ralentit nettement. Ce ralentissement est lié, en partie, aux conséquences indirectes du conflit au Moyen-Orient.
Christian Parisot rappelle que l’Asie souffre beaucoup de cette situation. Dans plusieurs pays, certaines usines tournent au ralenti afin d’économiser l’énergie ou de faire face aux risques de pénurie de pétrole. La Chine est moins vulnérable que des pays comme les Philippines ou la Malaisie, notamment parce qu’elle disposait de stocks de pétrole plus importants. Mais elle n’est pas immunisée pour autant.
Au fil des années, la Chine s’est profondément insérée dans les processus de production des autres pays asiatiques. Si ces partenaires ralentissent, si leurs chaînes d’approvisionnement sont perturbées, si leurs exportations reculent, l’industrie chinoise en subit nécessairement les effets.
La Chine est donc affaiblie par la situation de ses partenaires commerciaux. Elle peut mieux résister que d’autres économies asiatiques, mais elle ne peut pas se considérer à l’abri. Cette vulnérabilité est d’autant plus importante que la demande américaine et européenne pourrait également être affectée par un choc inflationniste lié aux tensions géopolitiques. Si le pouvoir d’achat des ménages occidentaux est comprimé, la Chine subira aussi le contrecoup sur ses exportations.
Aux États-Unis, la consommation résiste encore relativement bien. En Europe, en revanche, l’impact sur le pouvoir d’achat est déjà plus visible. Pour une économie chinoise encore largement dépendante de ses débouchés extérieurs, cette évolution constitue un risque supplémentaire.
Un indicateur qui annoncent peut-être une fin d’année difficile
À court terme, certaines données d’enquête peuvent encore donner l’impression d’une accélération de l’activité industrielle et des importations. Mais Christian Parisot y voit surtout la constitution de stocks de précaution. Les entreprises cherchent à se prémunir contre des risques de pénurie, des ruptures de chaîne d’approvisionnement ou de nouvelles déstabilisations géopolitiques.
Ce mouvement peut soutenir temporairement l’activité, mais il ne constitue pas une dynamique saine et durable. Il signifie surtout que les entreprises anticipent des difficultés. Une fois ces stocks constitués, la fin d’année pourrait devenir beaucoup plus délicate pour le secteur exportateur chinois.
La Chine se retrouve ainsi prise entre deux feux. D’un côté, sa demande intérieure reste insuffisante. De l’autre, son moteur exportateur pourrait ralentir sous l’effet des tensions mondiales, des perturbations en Asie et de la fragilisation de la consommation occidentale.
Immobilier chinois : la crise ne se résorbe pas
Le problème central reste toutefois l’immobilier. La demande intérieure chinoise demeure lourdement affectée par la crise de ce secteur. Les mesures prises par le gouvernement chinois, notamment dans les infrastructures et la construction, n’ont pas produit les effets espérés.
Après un début d’année plutôt favorable, les indicateurs se dégradent de nouveau. L’immobilier ne redémarre pas réellement. Les prix du neuf continuent de baisser fortement, notamment sur les mois de mars et d’avril. L’investissement immobilier reste lui aussi en recul marqué.
Cette situation pèse directement sur les ménages chinois. L’immobilier demeure un pilier essentiel de leur patrimoine et de leur comportement d’épargne. Tant que la crise n’est pas résolue, la confiance reste fragile, la consommation demeure limitée et les perspectives de reprise intérieure restent modestes.
Pour Christian Parisot, l’économie chinoise reste donc en grande difficulté. L’investissement industriel ralentit, l’activité manufacturière pourrait fortement décélérer dans les prochains mois, la demande intérieure a été ponctuellement stimulée mais sans effet durable, et le marché immobilier continue de peser sur l’ensemble de l’économie.
Seul indicateur relativement positif : le marché du travail semble encore se maintenir, du moins selon les chiffres officiels. Mais cette résistance ne suffit pas à masquer une situation économique loin d’être euphorique.
La Chine n’a pas intérêt à l’escalade
Dans ce contexte, la Chine n’a pas nécessairement intérêt à voir le conflit au Moyen-Orient durer. Elle n’a pas davantage intérêt à une escalade trop forte avec les États-Unis. Même si Pékin donne l’image d’une puissance solide, la pression économique existe.
C’est un point essentiel de l’analyse de Christian Parisot : la Chine communique sur sa stabilité et sa résilience, mais elle subit bel et bien les effets des tensions internationales. Elle n’est pas insensible au Moyen-Orient. Elle n’est pas immunisée contre les droits de douane américains. Elle n’est pas protégée contre la faiblesse de ses partenaires commerciaux. Et elle reste vulnérable à ses propres déséquilibres internes.
Le risque bancaire chinois : des créances douteuses bien plus élevées qu’annoncé ?
Un autre sujet mérite une attention particulière : les prêts non performants dans les bilans bancaires chinois. Officiellement, la situation reste sous contrôle. Mais des estimations privées donnent une image beaucoup plus préoccupante.
Selon ces évaluations, le montant des prêts non performants pourrait atteindre environ 3 000 milliards de dollars, soit près de 18 % du PIB chinois. Le taux réel de prêts non performants pourrait se situer autour de 10 %, alors que les chiffres officiels chinois évoquent plutôt un niveau proche de 1,5 %.
L’écart est considérable. Il est suffisamment important pour soulever une question majeure : comment expliquer une telle différence entre les données officielles et les estimations privées ?
Pour Christian Parisot, une partie de l’explication tient au comportement des banques chinoises. Lorsqu’un emprunteur, notamment une entreprise, rencontre des difficultés, les banques cherchent à éviter d’enregistrer officiellement des crédits douteux. Si une entreprise ne peut plus payer ses intérêts, elles peuvent lui accorder un nouveau prêt afin qu’elle puisse honorer ses échéances. Les intérêts sont alors payés, mais au prix d’un endettement supplémentaire.
Les banques peuvent également restructurer les dettes, renouveler des lignes de crédit ou les augmenter. Cette mécanique permet de masquer temporairement les difficultés, mais elle accroît le risque à terme.
Entreprises zombies : une menace silencieuse
Ce phénomène est souvent qualifié d’effet zombie. Des entreprises qui devraient faire faillite sont maintenues artificiellement en vie. Elles continuent d’exister grâce au soutien bancaire, mais sans véritable capacité de redressement.
Cette stratégie peut se comprendre si la crise est courte. Si le choc immobilier est temporaire, maintenir les promoteurs en vie peut éviter une amplification brutale de la crise. Cela permet aux entreprises de conserver leurs actifs dans leur bilan, sans les mettre massivement sur le marché et provoquer une nouvelle chute des prix.
Mais si la crise immobilière est durable, la stratégie devient beaucoup plus dangereuse. Elle entretient une mauvaise allocation du capital. Les banques continuent de prêter à des entreprises peu performantes, qui ne créent plus de croissance et dont les perspectives de remboursement sont faibles. À terme, ces prêts devront être provisionnés, et les banques, notamment les banques d’État, pourraient devoir être recapitalisées.
Le coût pour l’État chinois pourrait donc devenir important. Le problème n’est pas seulement financier. Il est aussi économique : maintenir en vie des entreprises non viables pèse sur la productivité et ralentit l’assainissement nécessaire de l’économie.
Christian Parisot compare cette situation à la crise de Lehman Brothers aux États-Unis. La crise américaine avait été brutale, mais elle avait aussi permis un assainissement rapide : les pertes avaient été reconnues, les banques recapitalisées, les prêteurs restructurés, et l’économie avait pu repartir sur des bases plus claires. En Chine, le risque est inverse : prolonger artificiellement l’ajustement, repousser la reconnaissance des pertes et maintenir une crise latente pendant plusieurs années.
Une crise immobilière qui peut durablement peser sur la croissance
Si les entreprises immobilières zombies restent en vie, chaque tentative de reprise du marché peut être freinée par une nouvelle mise en vente d’actifs. Dès que la demande immobilière se redresse légèrement, ces entreprises peuvent remettre des biens sur le marché, ce qui entretient le déséquilibre entre l’offre et la demande.
Le risque est donc celui d’une crise qui s’étire. L’ajustement n’est pas brutal, mais il devient long, coûteux et pénalisant pour la croissance. Il pèse sur les banques, sur l’investissement, sur la confiance des ménages, sur la productivité et sur la capacité de l’économie chinoise à retrouver un rythme de croissance plus solide.
Cette crise immobilière s’ajoute à d’autres problèmes structurels : vieillissement démographique, endettement élevé, créances douteuses, consommation des ménages encore fragile et efficacité limitée des mesures de relance.
Les politiques publiques chinoises peuvent produire des effets à court terme, mais elles ne parviennent pas encore à déclencher un véritable effet multiplicateur. Elles soutiennent ponctuellement la demande ou l’investissement, sans restaurer durablement la confiance.
Ne pas sous-estimer les forces industrielles chinoises
Il serait toutefois excessif de dresser un tableau uniquement négatif de la Chine. Christian Parisot insiste aussi sur les forces bien réelles de l’économie chinoise. Une grande partie de son secteur industriel reste extrêmement compétitive. La Chine conserve des avancées technologiques importantes dans plusieurs domaines de pointe.
C’est notamment le cas dans les énergies renouvelables, certains composants électroniques, la robotisation et les hautes technologies. Le pays continue d’investir massivement dans la recherche et développement. Il dispose encore de capacités industrielles considérables et d’un écosystème technologique très dynamique.
Il ne s’agit donc pas de nier la puissance chinoise. Il s’agit plutôt de distinguer les forces structurelles de certains secteurs et les fragilités conjoncturelles ou financières de l’ensemble de l’économie. La Chine dispose de pôles d’excellence. Mais cela ne signifie pas que l’ensemble de son modèle économique soit solide.
Derrière la communication officielle, selon laquelle tout irait bien, l’économie chinoise reste confrontée à des tensions importantes. Elle n’est pas insensible aux chocs géopolitiques. Elle ne sort pas indemne des tensions commerciales. Elle reste vulnérable à la crise immobilière et à la faiblesse de sa demande intérieure.
Faut-il investir en Chine ?
La question se pose naturellement pour les investisseurs : faut-il encore jouer la Bourse chinoise ? Pour Christian Parisot, la réponse ne peut pas être globale. Il existe encore des îlots de croissance en Chine, notamment dans la technologie. Certains secteurs, comme les semi-conducteurs, bénéficient d’un soutien massif de l’État chinois et demeurent prioritaires pour le gouvernement.
Ces secteurs peuvent encore offrir des potentiels de croissance importants. Il existe des entreprises chinoises très compétitives, très innovantes, dotées d’une recherche et développement avancée. Sur ces dossiers, des opportunités peuvent exister.
En revanche, investir sur l’ensemble de l’indice chinois ou sur l’économie chinoise dans sa globalité exige une grande prudence. Les fragilités conjoncturelles sont nombreuses. Les conséquences de la crise au Moyen-Orient sont probablement sous-estimées en Occident. Les problèmes de demande intérieure en Chine restent profonds. La crise immobilière n’est pas réglée. Le système bancaire pourrait être plus vulnérable que ne le suggèrent les chiffres officiels.
Dans ce contexte, l’approche la plus pertinente consiste à privilégier le stock-picking. Il faut être sélectif, identifier les secteurs dans lesquels la Chine possède un véritable avantage compétitif, et éviter de considérer le marché chinois comme un bloc homogène.
Attention aux images trompeuses
La conclusion de Christian Parisot est donc prudente. La Chine donne aujourd’hui l’impression d’une puissance en position favorable. Face à un président américain plus instable, Pékin paraît maîtriser son calendrier, son discours et sa stratégie.
Mais cette image peut être trompeuse.
Il faut se méfier des effets d’optique. La Chine veut projeter une image de solidité. Elle veut apparaître comme une puissance stable, résiliente et insensible aux turbulences mondiales. Mais son économie demeure exposée à de nombreux aléas : ralentissement industriel, crise immobilière, faiblesse de la consommation, tensions bancaires, vieillissement démographique, dépendance aux exportations et impact indirect des conflits géopolitiques.
La situation est donc beaucoup moins tranchée qu’elle ne le paraît. La Chine n’est ni un géant invincible, ni une économie en effondrement. Elle est une puissance industrielle majeure, mais fragilisée par ses propres déséquilibres. Elle peut encore surprendre par la force de certains secteurs, mais elle peut aussi décevoir si l’on sous-estime l’ampleur de ses problèmes internes.
Pour les marchés, cette nuance est essentielle. La fin d’année pourrait s’avérer plus difficile que prévu pour la croissance chinoise. Et si Pékin continue d’afficher une posture de puissance, les données économiques invitent à davantage de prudence. Derrière la façade, la Chine reste un colosse dont les fragilités méritent d’être regardées de près.
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