Blocage d’ORMUZ : un effet de traîne préjudiciable


Christian Parisot, président d’Altaïr Economics, analyse les répercussions possibles de la crise au Moyen-Orient sur l’économie mondiale et sur les marchés. Même en cas de normalisation et d’une ouverture rapide du détroit d’Ormuz, les effets sur les marchés financiers, l’inflation, l’énergie et la croissance pourraient se prolonger.
Les marchés veulent croire à un choc temporaire. Christian Parisot invite, lui, à regarder plus loin. Dans ce nouveau numéro du Dessous des datas, il explique pourquoi la crise au Moyen-Orient ne se résume pas à une simple tension géopolitique ponctuelle.

Des marchés trop confiants face aux retombées liées au blocage d’Ormuz ?

Depuis le début de la crise, les marchés financiers semblent intégrer l’idée d’un retour progressif à la normale. Le raisonnement est simple : si le détroit d’Ormuz se débloque, le trafic maritime pourrait reprendre, les prix de l’énergie se détendre et l’économie mondiale absorber le choc.
Pour Christian Parisot, cette lecture est trop courte. Même si la situation s’améliorait rapidement, les conséquences pourraient rester visibles pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Les dirigeants, les entreprises et les investisseurs ne reviendront pas immédiatement aux stratégies d’avant-crise.
Le conflit peut modifier les arbitrages énergétiques, industriels et financiers. Il peut aussi créer des gagnants et des perdants, selon l’exposition des pays et des secteurs au pétrole, au gaz, aux matières premières ou aux flux de capitaux du Moyen-Orient.

Détroit d’Ormuz : un blocage aux effets en chaîne

Le détroit d’Ormuz reste au cœur du problème. D’un côté, l’Iran exerce une pression sur les navires. De l’autre, les États-Unis cherchent à limiter les recettes de l’État iranien. Cette situation crée une incertitude majeure sur la durée du blocage.
Plus la crise dure, plus les répercussions de moyen terme deviennent importantes. Un retour en arrière rapide serait possible uniquement si la normalisation intervient vite. Mais si le conflit s’installe, les effets sur les chaînes d’approvisionnement, l’énergie et les prix peuvent devenir beaucoup plus lourds.

Pétrole : un retour à la normale loin d’être évident

Le marché pétrolier est déjà fortement perturbé. Plusieurs millions de barils par jour ne sont pas produits ou n’arrivent pas sur le marché. Une partie du choc a été absorbée par les stocks, mais cela ne suffit pas à rééquilibrer totalement l’offre et la demande.
La hausse des prix a aussi détruit une partie de la demande. Mais cette baisse ne vient pas seulement d’un effet prix : elle reflète aussi des difficultés d’approvisionnement et des pénuries sur certains produits raffinés.
Même en cas de déblocage du détroit d’Ormuz, la production ne repartirait pas immédiatement. Certaines capacités ont été arrêtées, d’autres endommagées. Le redémarrage peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Les stocks stratégiques devront également être reconstitués, ce qui pourrait maintenir les prix du pétrole à des niveaux élevés.

Gaz et GNL : le choc le plus préoccupant

Le choc est potentiellement encore plus important sur le gaz et le GNL. Le Qatar, acteur central de ce marché, a été touché. Or une partie de la croissance future de l’offre mondiale reposait précisément sur cette région.
Cette crise pourrait remettre en cause certains contrats de long terme et inciter les pays importateurs à diversifier leurs approvisionnements. Les pays asiatiques, très dépendants du Moyen-Orient, pourraient accélérer leur transition vers l’électrification.
Le gaz devait être une énergie de transition pour réduire la dépendance au pétrole. Mais si son prix reste durablement plus élevé, le secteur chimique, notamment en Europe, pourrait subir un nouveau choc après celui provoqué par la guerre en Ukraine.

Électrification : la crise peut tout accélérer

La crise renforce la thématique de l’électrification. Les pays asiatiques pourraient chercher à réduire plus vite leur dépendance au pétrole et au gaz en accélérant le développement des véhicules électriques et des infrastructures associées.
Cette évolution ne serait pas seulement liée aux préférences des consommateurs. Elle répondrait à une logique industrielle et stratégique : limiter la vulnérabilité aux tensions du Moyen-Orient.

Matières premières : l’effet domino industriel

Le Moyen-Orient ne pèse pas seulement sur le pétrole et le gaz. La région est aussi importante pour plusieurs matières premières ou produits dérivés du raffinage : soufre, méthanol, hélium, aluminium.
Ces matières sont difficiles à remplacer rapidement. Leur raréfaction peut provoquer des tensions dans des secteurs industriels lourds. Le problème majeur n’est pas seulement la production de ces matières, mais les industries en aval qui les utilisent.
Certaines unités industrielles ne peuvent pas être arrêtées puis relancées du jour au lendemain. Dans l’aluminium ou l’électrolyse, il faut parfois plusieurs mois pour remettre en route les capacités. Le risque est donc une désorganisation durable des chaînes de production, avec un impact possible sur l’automobile et d’autres secteurs industriels.

Tourisme et transport aérien : une saison fragilisée

Le transport aérien est également touché. La crise allonge certaines durées de vol, augmente la consommation de kérosène et complique l’organisation des rotations. Elle peut aussi provoquer des annulations liées à des problèmes d’approvisionnement.
Le tourisme risque d’être pénalisé. Les ménages peuvent reporter ou annuler des voyages lointains s’ils craignent des annulations de vols ou une instabilité persistante. Les destinations asiatiques et moyen-orientales pourraient être particulièrement exposées.

Croissance : quels pays paieront le prix fort ?

La crise concerne une zone qui représente une part limitée du PIB mondial, mais son rôle dans l’énergie, les matières premières et les flux financiers est déterminant. Les pays les plus proches du conflit et les plus dépendants du pétrole seront les plus touchés.
Certaines entreprises exposées au Moyen-Orient pourraient aussi subir une baisse significative de leur chiffre d’affaires. L’effet sur les bénéfices peut être encore plus fort, car cette zone représente souvent des marges élevées.

Inflation des prix alimentaires : le choc retardé

Le choc sur les engrais pourrait se diffuser avec retard. Les prix ont déjà augmenté, mais l’impact sur les produits agricoles ne sera visible qu’avec plusieurs mois de décalage.
La saison agricole actuelle est en partie protégée par les achats déjà réalisés. Mais pour les récoltes suivantes, la hausse du coût des engrais pourrait réduire la production ou renchérir les prix alimentaires.
Cela pourrait peser sur les ménages, déjà fragilisés par les prix de l’énergie. L’inflation alimentaire réduit le pouvoir d’achat et pousse les consommateurs à arbitrer vers les produits essentiels ou les premiers prix.

Pétrodollars, IA et dette américaine : le risque financier

Le Moyen-Orient est aussi une source majeure de financement mondial. Les fonds souverains de la région ont promis des investissements considérables aux États-Unis, notamment dans l’intelligence artificielle et les data centers.
Mais si les pays de la région doivent reconstruire, réparer leurs infrastructures et relancer leur production énergétique, ils pourraient redéployer une partie de leur épargne vers leurs besoins domestiques.
Cela ne signifie pas l’arrêt brutal des investissements dans l’IA. Mais le rythme pourrait ralentir. Les marchés pourraient être déçus par des retards dans certains contrats ou projets.
Le marché obligataire américain pourrait aussi être concerné. Plusieurs pays de la région détiennent une part importante de dette américaine. Une moindre présence de ces acheteurs lors des émissions du Trésor pourrait peser sur les équilibres financiers.

Pourquoi cette crise est différente du Covid et des droits de douane

Christian Parisot insiste sur un point : cette crise ne ressemble pas forcément aux chocs précédents. Le Covid et les droits de douane ont fini par être absorbés plus progressivement que prévu. Les marchés ont pu jouer un rebond rapide.
Ici, les effets peuvent être plus diffus, plus longs et plus difficiles à normaliser. La crise touche l’énergie, les matières premières, l’industrie, le tourisme, l’alimentation et les flux financiers.
Elle peut aussi modifier les stratégies des États et des entreprises. Les pays asiatiques pourraient accélérer l’électrification. Le secteur chimique européen pourrait subir un nouveau choc de compétitivité. Les entreprises pourraient faire face à une inflation importée sans hausse équivalente des salaires.

Bourse : attention au faux rebond

Le risque est que les marchés financiers jouent trop vite le scénario du soulagement. Un déblocage du détroit d’Ormuz pourrait provoquer une réaction positive à court terme. Mais cela ne suffirait pas forcément à effacer les effets économiques déjà engagés.
Les prix de l’énergie pourraient rester plus élevés. Les chaînes industrielles pourraient rester désorganisées. Les marges des entreprises pourraient être sous pression. Les ménages pourraient subir une nouvelle contrainte sur leur pouvoir d’achat.
Pour Christian Parisot, cette crise pourrait donc laisser des traces bien plus durables que ne l’anticipent aujourd’hui les investisseurs.
 

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