L’inflation menace les marchés actions 

Reléguée au second plan du fait de l’euphorie autour de l’intelligence artificielle et par la solidité apparente de l’économie américaine, l’inflation revient dans le champ de vision des investisseurs. Dans cette analyse, Christian Parisot, fondateur d’Altaïr Economics, explique pourquoi la remontée des prix, la réaction possible de la Fed et l’envolée des coûts liés à l’IA pourraient fragiliser les marchés actions.

L’inflation semblait derrière nous. Elle revient pourtant brutalement au cœur du débat. La guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz depuis la fin du mois de février ont ravivé le risque inflationniste, en perturbant l’un des points de passage les plus stratégiques du commerce mondial en particulier du transport de pétrole et de GNL, entrainant une flambée des prix. Cette remontée des prix de l’énergie se transmet désormais aux chiffres d’inflation américains, avec un effet direct et indirect dans de nombreux secteurs. Le sujet ne se limite donc plus à une poussée ponctuelle des prix du pétrole : il pose une question centrale pour les investisseurs. L’inflation est-elle en train de redevenir un risque majeur pour les marchés actions ?

Selon Christian Parisot, fondateur d’Altaïr Economics, l’inflation n’est pas toujours nocive pour la Bourse. Elle peut même, dans certains cas, soutenir les chiffres d’affaires des entreprises. Mais lorsqu’elle devient persistante, qu’elle pousse les taux d’intérêt à la hausse et qu’elle menace la consommation, elle change de nature. Elle ne porte plus les bénéfices : elle fragilise les valorisations.

C’est toute l’ambiguïté du moment. Les marchés actions peuvent encore se réjouir d’une économie américaine résistante, mais cette résistance complique la tâche de la Réserve fédérale. Si la croissance tient bon alors que les prix repartent, la Fed peut être contrainte de rester restrictive, voire de durcir encore sa politique monétaire. Et si les taux longs remontent, c’est toute la mécanique de valorisation des actions qui se trouve remise en question.

Une inflation à double tranchant pour les marchés actions

L’idée peut sembler contre-intuitive : l’inflation n’est pas forcément un problème immédiat pour les actions. Lorsqu’une entreprise augmente ses prix de vente, son chiffre d’affaires progresse en valeur. Si elle parvient à préserver ses marges, ses bénéfices augmentent également. C’est la raison pour laquelle les actions sont souvent présentées comme une protection contre l’inflation.

Mais cette protection n’a rien d’automatique. Elle dépend de la capacité des entreprises à répercuter leurs hausses de coûts sans détruire la demande. Une inflation modérée, absorbée par des consommateurs encore solides, peut accompagner la progression des profits. Une inflation persistante, en revanche, peut provoquer l’effet inverse.

Le danger apparaît lorsque la hausse des prix modifie le comportement des ménages, réduit les volumes consommés et oblige les banques centrales à freiner l’économie. Dans ce cas, les entreprises se retrouvent prises entre trois contraintes : des coûts plus élevés, une demande plus fragile et un coût du capital en hausse. Pour les marchés actions, le mélange devient beaucoup moins favorable.

Selon Christian Parisot, c’est précisément cette bascule qu’il faut surveiller. L’inflation peut être positive à court terme si elle gonfle les revenus nominaux. Mais à moyen terme, elle devient problématique si elle entraîne une hausse durable des taux et une dégradation des perspectives de croissance.

États-Unis : une inflation tirée par l’énergie, mais pas seulement

Les derniers chiffres américains ont ravivé les inquiétudes. L’indice des prix à la consommation a nettement accéléré, notamment sur les deux derniers mois disponibles. La hausse des prix énergétiques, et en particulier de l’essence, explique une partie importante de ce rebond.

Cette inflation énergétique est largement importée. Elle répond à des contraintes extérieures, notamment géopolitiques, face auxquelles la Banque centrale américaine dispose de peu de leviers directs. La Fed ne peut pas produire du pétrole, réduire les tensions au Moyen-Orient ou fluidifier instantanément les approvisionnements. Elle peut en revanche agir sur la demande, avec le risque de freiner l’économie.

C’est ce qui rend la situation délicate. Si l’inflation actuelle n’était qu’un choc ponctuel sur l’énergie, les marchés pourraient l’absorber. Les investisseurs obligataires accepteraient une inflation temporairement plus élevée, en considérant qu’elle ne représente pas la moyenne des dix prochaines années. Les taux longs ne réagiraient pas nécessairement avec violence.

Mais le problème ne s’arrête pas là. L’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors alimentation et hors énergie, montre elle aussi des signes de résistance. Or c’est ce noyau dur que les banques centrales observent avec le plus d’attention.

Inflation sous-jacente : le signal d’alerte

L’inflation hors énergie et alimentation atteint 2,7 %. Ce niveau reste supérieur à l’objectif de la Fed et indique que les tensions ne sont pas limitées aux seuls prix énergétiques. Elles commencent à se diffuser dans d’autres composantes de l’économie.

Cette diffusion peut être indirecte. Une hausse de l’énergie renchérit les coûts de transport, les billets d’avion, les approvisionnements et la logistique. Les entreprises voient leurs coûts de revient augmenter et peuvent décider de les répercuter sur les consommateurs. Un choc initialement concentré sur l’énergie finit alors par irriguer d’autres prix.

Le phénomène est classique, mais il devient préoccupant lorsqu’il s’installe. L’inflation n’est plus seulement un accident de parcours ; elle devient un mécanisme de transmission plus large. C’est ce qui peut amener les banques centrales à durcir le ton, même lorsqu’une partie du choc échappe à leur contrôle.

Droits de douane : l’effet différé de la politique Trump

Un autre facteur pèse sur les prix : les droits de douane instaurés par l’administration Trump. Leur effet n’a pas été immédiat. Contrairement à certaines craintes, ils n’ont pas provoqué une flambée brutale de l’inflation dès leur mise en place.

Mais cela ne signifie pas qu’ils soient neutres. Ces droits de douane sont bien payés par les importateurs américains. Ils constituent donc une source d’inflation domestique. Leur transmission aux consommateurs peut simplement prendre du temps.

Les entreprises avaient parfois constitué des stocks avant leur entrée en vigueur. Tant que ces stocks étaient disponibles, la hausse des coûts pouvait être absorbée ou différée. Mais au fur et à mesure du renouvellement des stocks, les prix d’achat augmentent. Les entreprises peuvent alors ajuster progressivement leurs prix de vente.

C’est ce que l’on observe aujourd’hui sur les prix des biens. Ils accélèrent, même si l’on reste loin d’une flambée incontrôlée. Les biens hors énergie progressent d’environ 1,1 % sur un an. Le chiffre n’a rien d’explosif, mais il marque un changement de régime. Historiquement, les biens jouaient plutôt un rôle modérateur dans l’inflation, tandis que les services étaient le foyer principal des hausses de prix. Ce rôle modérateur s’affaiblit.

Christian Parisot souligne toutefois que la situation actuelle ne doit pas être confondue avec celle de 2020-2022. À l’époque, l’inflation sur les biens était alimentée par les ruptures massives des chaînes d’approvisionnement après la pandémie. Aujourd’hui, des tensions existent encore, notamment dans le commerce mondial et autour du Moyen-Orient, mais elles ne sont pas de même nature ni de même ampleur.

Les services, le point sensible pour la Fed

Le véritable sujet d’inquiétude se trouve dans les services. L’inflation des services hors énergie avait ralenti, mais elle repart à la hausse. Pour une banque centrale, c’est un signal autrement plus préoccupant que la volatilité des prix de l’énergie.

Certains chiffres doivent être interprétés avec prudence, notamment ceux liés au logement. Christian Parisot rappelle que l’évaluation des loyers aux États-Unis peut être affectée par des effets statistiques ponctuels. En raison du fonctionnement des panels du Bureau of Labor Statistics, une partie de la hausse récente du coût de l’habitat doit être analysée avec précaution.

Mais même en neutralisant certains effets immobiliers et énergétiques, l’inflation des services reste résistante. Cette résilience est d’autant plus étonnante que les salaires ralentissent. En théorie, un ralentissement salarial devrait réduire la pression sur les prix des services. Or ce n’est pas pleinement ce que montrent les données.

C’est un point essentiel. Si les entreprises de services continuent d’augmenter leurs prix malgré un ralentissement des salaires, cela peut signifier que la demande reste suffisamment solide pour absorber ces hausses. Dans ce cas, les entreprises peuvent être tentées de préserver, voire de maximiser leurs marges.

Pour la Fed, le risque est clair : si les consommateurs restent peu sensibles aux hausses de prix, l’inflation peut devenir plus durable.

La Fed face à un problème de crédibilité

L’objectif d’inflation de la Fed reste fixé à 2 %. Or l’inflation globale comme l’inflation sous-jacente restent au-dessus de cette cible. La question n’est donc plus seulement économique ; elle devient aussi institutionnelle. Jusqu’où la Banque centrale peut-elle tolérer une inflation supérieure à son objectif sans perdre en crédibilité ?

Les marchés commencent à intégrer ce dilemme. Il y a encore quelques mois, le scénario dominant reposait sur des baisses de taux. Puis les investisseurs ont basculé vers l’idée d’un statu quo. Désormais, une hypothèse plus inconfortable revient dans les anticipations : celle d’une possible remontée des taux directeurs d’ici la fin de l’année.

Ce changement de scénario est majeur. Il signifie que la politique monétaire pourrait rester plus restrictive que prévu, dans une économie américaine qui ne montre pas encore de signes suffisamment nets de ralentissement. Les baisses d’impôts et les remboursements fiscaux ont soutenu la consommation des ménages. Pour l’instant, la demande ne réagit pas fortement à la remontée des prix.

Ce maintien de la consommation complique la tâche de la Fed. Une économie solide permet aux entreprises de répercuter leurs hausses de coûts. Mais plus cette dynamique dure, plus la Banque centrale risque d’être contrainte d’agir.

Christian Parisot évoque également l’incertitude liée à l’arrivée possible d’un nouveau président de la Banque centrale américaine, Kevin Walsh. Même si le président de la Fed ne décide pas seul, le comité de politique monétaire semble désormais davantage préoccupé par la persistance de l’inflation. Les marchés, eux, doivent intégrer cette inflexion.

Premier scénario : inflation forte, économie résistante

Face au choc inflationniste, Christian Parisot distingue deux scénarios.

Le premier est celui d’une économie américaine résiliente. L’inflation reste élevée, mais la croissance tient bon. Les entreprises continuent de vendre, les consommateurs continuent de consommer, et les hausses de prix ne détruisent pas immédiatement la demande.

Dans ce scénario, les taux longs montent. Les investisseurs obligataires exigent une prime de risque plus élevée pour prêter à long terme, car ils craignent une inflation durable. C’est le scénario d’une pentification de la courbe des taux.

Pour les actions, cette configuration est ambivalente. À court terme, les entreprises peuvent afficher de bons chiffres d’affaires et préserver leurs marges. La Bourse peut donc se réjouir de la croissance nominale. Mais cette satisfaction est fragile. Si les taux longs montent, le coût du capital augmente, les projets d’investissement deviennent moins rentables et les valorisations des actions sont mises sous pression.

Autrement dit, ce qui soutient les profits à court terme peut dégrader les perspectives à moyen terme. La Bourse peut être prise à revers par la remontée des taux.

Second scénario : l’inflation récessionniste

Le second scénario ressemble davantage à une configuration européenne. L’inflation reste forte, mais l’économie ralentit. Les entreprises ne parviennent plus aussi facilement à augmenter leurs prix, car les consommateurs réduisent leurs dépenses. Les achats discrétionnaires sont reportés, les volumes se contractent, et les marges se tendent.

Dans ce cas, l’inflation ne traduit pas une économie en surchauffe. Elle agit comme un choc négatif sur la demande. Elle devient récessionniste.

Ce scénario est encore plus défavorable aux marchés actions. Les entreprises subissent la hausse des coûts sans pouvoir la répercuter intégralement. Les chiffres d’affaires en volume ralentissent. Les marges se compressent. Les perspectives bénéficiaires se dégradent.

La banque centrale peut alors hésiter à durcir fortement sa politique si elle considère que l’inflation est importée et que l’économie faiblit déjà. Mais pour les actions, le problème demeure : le choc est bien réel et pèse sur les profits.

Dans les deux scénarios, le constat est peu confortable. L’inflation actuelle n’est plus un facteur de soutien évident pour les marchés. Elle devient un risque pour les valorisations.

Le marché obligataire rappelle les actions à l’ordre

Pour Christian Parisot, le marché obligataire joue un rôle d’avertisseur. Lorsque les taux longs montent, ils signalent que les investisseurs ne croient plus totalement à un retour rapide et indolore de l’inflation vers la cible de 2 %.

Les marchés actions, eux, ont parfois tendance à regarder ailleurs. L’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle a donné le sentiment que certains segments de la cote pouvaient rester protégés du contexte macroéconomique. Mais cette déconnexion est fragile.

La hausse des taux longs change les équilibres. Elle renchérit le coût de l’argent, réduit la valeur actuelle des bénéfices futurs et rend certains actifs obligataires plus attractifs par rapport aux actions. Pour des marchés très valorisés, l’effet peut être brutal.

C’est pourquoi l’inflation ne peut plus être considérée comme un bruit de fond. Elle redevient une variable centrale de valorisation.

L’autre inflation : celle de l’intelligence artificielle

Le deuxième grand volet de l’analyse de Christian Parisot porte sur un phénomène beaucoup moins commenté : l’inflation dans le secteur technologique, et plus particulièrement dans l’intelligence artificielle.

Les marchés semblent adopter deux lectures contradictoires. Lorsqu’ils parlent de l’économie dans son ensemble, l’inflation est perçue comme une menace. Mais lorsqu’elle touche la technologie, elle est souvent considérée comme une bonne nouvelle : les prix montent, les chiffres d’affaires progressent, les marges peuvent augmenter.

Cette lecture est trop simple. L’inflation dans l’IA peut certes soutenir les revenus de certains fournisseurs, notamment dans les semi-conducteurs ou la mémoire. Mais elle renchérit aussi le coût des infrastructures, des data centers, de l’électricité et des capacités de calcul. À terme, elle peut fragiliser tout le modèle économique de l’intelligence artificielle.

Les hyperscalers — Meta, Microsoft, Amazon et les autres grands acteurs du cloud – ont relevé leurs intentions d’investissement. À première vue, c’est une bonne nouvelle pour la thématique IA. Mais une partie importante de cette hausse des investissements reflète en réalité l’augmentation des coûts.

Les mémoires coûtent plus cher. Les ordinateurs coûtent plus cher. Les data centers coûtent plus cher à construire. L’énergie coûte plus cher. Résultat : un milliard investi aujourd’hui ne produit pas nécessairement autant de capacité de calcul qu’il y a un ou deux ans.

C’est un point décisif. Les marchés regardent les montants de Capex annoncés, mais ils sous-estiment peut-être l’érosion de leur efficacité réelle.

Semi-conducteurs : un effet prix plus qu’un effet volume

Le secteur des semi-conducteurs illustre parfaitement cette tension. Les contraintes d’approvisionnement restent importantes, notamment sur les mémoires, les wafers et certains composants essentiels. Plusieurs entreprises indiquent qu’elles ne pourront pas augmenter significativement leurs volumes de production à court terme. Une amélioration notable pourrait n’intervenir qu’à horizon 2028 ou 2030.

Dans ce contexte, la croissance du chiffre d’affaires d’acteurs comme Micron ou Nvidia pourrait reposer davantage sur les prix que sur les volumes. Pour les entreprises concernées, l’effet peut être très favorable à court terme. Vendre plus cher sans produire beaucoup plus permet d’améliorer les revenus et les marges.

Mais le risque n’est pas nul. Les tensions sur les chaînes d’approvisionnement peuvent provoquer des retards de livraison, des accidents industriels ou des déceptions. Elles peuvent aussi créer des tensions salariales au sein des entreprises, surtout lorsque les résultats s’envolent.

Surtout, une croissance fondée presque uniquement sur les prix finit par rencontrer une limite : la demande. À mesure que les capacités de calcul deviennent plus coûteuses, les clients peuvent ralentir leurs achats ou exiger une rentabilité plus tangible.

Data centers : les coûts cachés de la course à l’IA

Christian Parisot attire également l’attention sur le financement des data centers. Certains hyperscalers cherchent à limiter l’impact visible de leurs investissements en recourant à des montages hors bilan.

Le principe est simple : des data centers peuvent être vendus à des fonds immobiliers, tandis que les géants technologiques s’engagent à verser des loyers dans le futur. Comptablement, cela permet de limiter la consommation immédiate de free cash-flow et de présenter des comptes plus favorables à court terme.

Mais économiquement, ces engagements ressemblent à une forme d’endettement différé. Les loyers devront être payés. Ils pèseront sur les comptes futurs. Le coût réel des infrastructures d’IA ne disparaît pas : il est simplement déplacé dans le temps.

Pour les investisseurs, c’est un point crucial. L’ampleur des investissements dans l’intelligence artificielle pourrait être sous-estimée si l’on ne regarde que les Capex visibles. Les engagements hors bilan doivent être intégrés à l’analyse de la rentabilité future.

Le coût réel de l’IA reste sous-estimé

Aujourd’hui, l’utilisation de l’intelligence artificielle est en partie subventionnée. Les utilisateurs paient un prix qui ne reflète pas toujours l’ensemble des coûts engagés pour produire la capacité de calcul : puces, mémoire, data centers, électricité, recherche et développement, frais financiers, maintenance, amortissement des infrastructures et rendement attendu du capital investi.

Or ces coûts devront bien être récupérés. Les grands acteurs de l’IA n’investissent pas des centaines de milliards de dollars sans attendre un retour sur capital. À un moment, le prix payé par les utilisateurs devra se rapprocher du coût économique réel.

Christian Parisot résume l’enjeu par une formule forte : l’intelligence artificielle revient à transformer de l’électricité en intelligence. Le coût de cette intelligence dépend donc du prix de l’électricité, du coût du calcul et du coût des tokens.
C’est là que le sujet devient stratégique. Si l’électricité renchérit, si les puces restent chères, si les capacités de calcul sont contraintes et si les data centers coûtent davantage, le prix réel de l’IA pourrait être bien plus élevé que ce que les entreprises imaginent aujourd’hui.

Agents IA : un risque de dérapage des coûts

La question devient encore plus sensible avec les agents IA. Ces outils sont présentés comme la prochaine étape de l’intelligence artificielle appliquée aux entreprises. Mais ils consomment beaucoup plus de tokens qu’une simple requête.
Si leur usage se généralise, la demande en capacité de calcul pourrait exploser. Or cette capacité n’est pas infinie. Elle dépend d’infrastructures coûteuses, d’une énergie disponible et de chaînes d’approvisionnement déjà sous tension.

Pour les entreprises clientes, le risque est de découvrir que l’intégration massive de l’IA coûte bien plus cher que prévu. Il ne suffit pas d’acheter des outils. Il faut réorganiser les processus, former les salariés, adapter les méthodes de travail et vérifier que les gains de productivité justifient réellement la dépense.

Si le coût des tokens augmente fortement, certains projets pourraient être ralentis, reportés ou redimensionnés. Les hyperscalers, eux, pourraient se retrouver avec des infrastructures massives à amortir et des engagements financiers lourds à honorer.

FOMO, TINA et risque de retour de bâton

L’emballement boursier autour de l’IA repose en partie sur deux ressorts psychologiques bien connus. Le premier est le FOMO, la peur de manquer une révolution technologique majeure. Le second est le TINA, l’idée qu’il n’existerait pas d’alternative crédible à cette thématique dans un monde dominé par les incertitudes géopolitiques et économiques.

Cette combinaison a largement soutenu le Nasdaq et les valeurs liées à l’intelligence artificielle. Mais elle peut aussi conduire les investisseurs à sous-estimer les risques.

Lorsque des titres comme Micron Technology, SK Hynix ou Samsung s’envolent, le marché valorise des carnets de commandes solides, des prix en hausse et une demande très forte. Mais si les volumes ne suivent pas, si les coûts explosent et si les clients finaux deviennent plus prudents, la dynamique peut se retourner.

Le point central est simple : l’inflation finit toujours par tester la demande. C’est vrai pour l’économie dans son ensemble. C’est également vrai pour un secteur aussi porteur que l’intelligence artificielle.

Bourse : un risque à réintégrer dans les allocations

Le message de Christian Parisot est clair : l’inflation ne peut plus être traitée comme un risque secondaire. Elle redevient une variable centrale pour les marchés financiers.

Au niveau macroéconomique, elle peut pousser la Fed à rester restrictive, faire monter les taux longs, peser sur la consommation et fragiliser les valorisations. Au niveau sectoriel, elle peut révéler les coûts cachés de certaines thématiques très valorisées, à commencer par l’intelligence artificielle.

Les investisseurs ont peut-être voulu croire que les marchés actions, portés par la technologie, pouvaient rester à l’abri des tensions géopolitiques, de l’énergie, des taux et de l’inflation. Cette hypothèse paraît de plus en plus fragile.

L’inflation n’est pas seulement un chiffre publié chaque mois. Elle modifie les marges, les comportements de consommation, les anticipations de taux, les primes de risque et les valorisations acceptables. Elle peut soutenir temporairement les revenus nominaux, mais elle peut aussi casser la dynamique si elle devient trop persistante.

Pour les investisseurs, l’enjeu est donc de réintégrer pleinement ce risque dans les portefeuilles. L’inflation n’a peut-être pas dit son dernier mot. Et si les marchés ont raison de regarder l’IA comme une transformation majeure, ils auraient tort d’oublier que même les révolutions technologiques ont un coût.

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