L’Anomalie du lendemain : transformer la panique des foules en stratégie gagnante

Le Piège de l’Intuition

“Vends tout maintenant, ça va être pire demain !”.

Qui ne s’est pas déjà confronté à pareil doute lorsque les marchés virent au rouge.Quand les prix dévissent brutalement, la tentation de capituler à son tour est souvent plus prégnante que l’envie de se montrer résilient et patient. C’est une attitude psychologique dont nous avons déjà parlé au travers des nombreux biais psychologiques que nous avons couverts et qui empoisonnent notre prise de décision.

Cependant, dans ce climat de tension où sont tenaces les craintes d’un décrochage violent de marchés toujours à des niveaux élevés avec l’emballement autour de l’IA et de la tech, il nous paraît opportun de questionner la stratégie optimale à adopter si la bourse venait effectivement à subir une baisse.

Et cela, pour deux raisons fondamentales :

La nature de la baisse : elle peut être violente ou lente, mais arriver au même point bas. La préparation n’est pas la même, et le stress généré non plus. Néanmoins, il faut être capable de l’endurer dans les deux cas.
L’après-coup : C’est le moment critique qui vient juste après la baisse. Entre rachat opportun et absence totale d’exposition, comment arbitrer ?

Comme on l’a déjà exprimé au détour d’une publication, il y a une élasticité à l’œuvre en ce qui concerne les mouvements de prix. Une baisse a tendance à déclencher une hausse, et non à se creuser davantage. Du moins en termes statistiques, naturellement.

Celles-ci contredisent l’intuition de céder à la panique pour préserver son capital, mais de là à dire qu’il faut coûte que coûte demeurer sur un marché en fermant les yeux… Il ne faut pas se faire piéger non plus. Chaque période et chaque marché sont différents. Tout pourrait ne pas se passer comme attendu.

C’est cet entre-deux plutôt nébuleux qui nous intéresse.

Jusqu’à quel point l’intuition de la panique doit être entendue et suivie ? Et surtout, avec quelle stratégie ?

La réalité statistique : le cimetière des “Market Timers”

Essayer de sortir du marché “juste pour éviter l’orage” est la méthode la plus efficace pour détruire votre performance à long terme.

Et pourquoi cela ?

À cause d’un phénomène statistique appelé le clustering de volatilité. Les études historiques (notamment celles de JP Morgan et Bank of America sur le S&P 500) montrent une corrélation perverse : les meilleures journées de bourse surviennent presque toujours à proximité immédiate des pires journées.

Une élasticité qui n’est pas intuitive, mais qui en plus d’être réelle, est indispensable à la survie de votre capital sur le long-terme, compte tenu des baisses très régulières que subit le marché.

Ce sont les fameuses “10 meilleures journées de performance” dont on parlait très récemment. Elles font toute la différence à long-terme. Les manquer, c’est perdre jusqu’à presque 70% de performance, ce qui est colossal.

Vendre après une clôture baissière, c’est payer la baisse, et ne pas encaisser la reprise. Et le plus contrariant dans cette histoire, c’est que bien sûr, ces clôtures baissières surviennent précisément à des moments où la pression vendeuse est insoutenable.

Les 10 meilleures journées boursières entre 2003 et 2022 sont survenues lors de la crise de 2008, et de la crise du COVID pour l’essentiel. Très facile à constater après coup, beaucoup moins en pleine séance lorsque le monde voit rouge.


Si ce constat est facile, la stratégie pour le contrer l’est moins. C’est pour cela qu’il nous faut décortiquer le “comment” tout cela fonctionne du point de vue de la finance comportementale, mais aussi la manière dont les institutionnels arrivent à ne pas subir de plein fouet ces situations de volatilité avec des stratégies précises dont vous et nous pouvons nous inspirer.

Quand la foule se perd entre sagesse et folie

Si les statistiques prouvent qu’il faut rester calme, pratiquement indépendamment de toute actualité, pourquoi est-ce physiquement si difficile ?
Parce que nous ne sommes pas câblés pour la finance, mais pour la survie.

Il faut distinguer deux états du marché, théorisés par deux visions opposées :

En marché calme, la “Sagesse des foules” de James Surowiecki prédomine : les investisseurs sont indépendants, agissent de manière rationnelle et sans la contrainte d’une influence majoritaire. Le prix reflète alors la valeur.

En marché de krach, c’est la “Psychologie des foules” de Gustave Le Bon qui s’impose : dès que la baisse dépasse un certain seuil (ex: -5%), l’indépendance disparaît, et les instincts grégaires apparaissent. La foule devient une entité unique, guidée par l’instinct de survie. Les épisodes de panic sell deviennent une sorte de norme, indépendamment de toute logique rationnelle ou financière. Le prix n’est plus synonyme de valeur, mais d’agitation des investisseurs.

Ajoutez à cela l’aversion à la perte démontrée par le prix Nobel d’économie Daniel Kahneman, qui exprime que la douleur d’une perte est ressentie deux fois plus intensément que le plaisir d’un gain, et vous comprenez pourquoi l’urgence de vendre semble toujours plus impérieuse que la patience.

 L’erreur technique du “lendemain” : l’effet Whipsaw

C’est ici que la plupart des investisseurs particuliers se font piéger par ce qu’on appelle l’effet “Whipsaw” (la lessiveuse). On pense intuitivement : “Hier a été une journée horrible, donc aujourd’hui ça va continuer à baisser.”
C’est faux. Il n’y a aucune corrélation.C’est strictement équivalent à un lancer de pièces. Le fait d’avoir fait pile ne perturbe pas les probabilités de faire de nouveau pile au lancer suivant. Ce ne sont pas les mouvements de prix qui orientent les mouvements futurs.

Selon la théorie de la Marche Aléatoire d’Eugène Fama, l’autocorrélation journalière est quasi nulle. Ce n’est pas parce qu’il a plu hier qu’il pleuvra demain en bourse.

Le piège se referme généralement dès l’ouverture du lendemain, à cause de la déconnexion entre la nuit (Overnight) et le jour (Intraday).

Voilà ce qu’il se passe concrètement : 

Le marché clôture rouge la veille.
La peur s’accumule la nuit du côté des investisseurs.
À 9h00, le marché ouvre avec un “gap baissier” (un trou de cotation). Le prix concentre déjà une charge émotionnelle importante, et donc, des anticipations de mauvaises nouvelles. Les ordres passés dans la nuit, au moment où la panique et le stress se conjuguent, prennent effet dès le matin.
De 09h00 à 09h05, les ventes s’enchaînent. La panique s’installe.
Dans la majorité des cas où aucune annonce fondamentale ne justifie la baisse, les données historiques montrent que le point bas intraday survient durant cette phase d’ouverture. Les pros rachètent, le marché remonte. Vendre dans la nuit ou de bon matin revient alors, statistiquement, à vendre au fond du trou. C’est trop tard pour éviter le pire.

La solution des pros : maîtriser le “gap fading

Les excès d’ouverture, non justifiés par des news fondamentales, ont une probabilité significative d’être corrigés dans les premières heures.

Alors, que font les professionnels à 9h00 pendant que la foule panique ? Ils appliquent souvent une stratégie de Retour à la Moyenne (Mean Reversion).

Ils considèrent, à raison, l’ouverture comme le moment le plus émotionnel et le moins rationnel de la journée. Si le marché ouvre en forte baisse sans raison structurelle majeure, ils considèrent que “l’élastique est trop tendu“. Au lieu de vendre, ils achètent pour jouer le comblement du Gap (le retour du prix vers la clôture de la veille).

 Distinguer le bruit du signal

Cependant, il ne faut pas être aveugle. Parfois, la baisse est justifiée et annonce un vrai krach. Comment savoir si, demain matin, vous devez vendre parce qu’il y a un gap de rupture bien identifiable, ou attendre le rebond ?

Ne suivez pas votre instinct qui vous pousse à vendre.

Suivez plutôt une grille de lecture appliquée par des institutionnels.

Le Volume (Théorie de Dow & Murphy) : regardez les volumes à l’ouverture. Ce sera le juge de paix à l’origine de votre interprétation, et donc de vos décisions.

📍Volume faible ou normal : Les “mains fortes” (institutionnels) ne vendent pas. C’est une panique de détail. Ne pas vendre est souvent la meilleure stratégie. Attendre le comblement est pertinent. Envisager des rachats partiels aussi.

📍Volume explosif (multiple bien visible par rapport à la moyenne) : c’est une liquidation massive. Le consensus a changé. Le danger est confirmé. Le risque est une baisse prolongée. Il est donc opportun d’agir dès maintenant.

 Le catalyseur : l’Hypothèse PEAD (Post-Earnings Announcement Drift), ou quelle est la cause de la baisse ?

Le PEAD (Post-Earnings Announcement Drift) montre que lorsqu’une annonce de résultats est fondamentale, la réaction initiale est sous-réactive, suivie d’une dérive prolongée dans la même direction.
Ainsi, en cas de rumeurs, d’inquiétudes diffuses ou de signaux informationnels faibles, l’hypothèse du PEAD ne s’applique pas. C’est alors le retour à la moyenne qui domine.

Mais si les résultats sont catastrophiques, s’il existe un profit warning clair, une faillite annoncée ou un choc géopolitique majeur, l’événement devient structurel. Dans ces cas-là, même si l’on sort du cadre strict du PEAD, le marché adopte souvent un comportement similaire : la baisse – statistiquement du moins – tend à se prolonger.

Selon l’étude de Ball & Brown, le marché met en général plusieurs semaines à intégrer l’information. Cela sous-entend que la plus grosse baisse, en termes d’amplitude, aura lieu aux premiers instants, mais qu’elle se poursuivra sur longue période. C’est ce qu’on appelle un “gap de rupture”. Couper son exposition est l’attitude la plus prudente.

L’Ancrage technique : où se situe le prix ?

Lorsque les marchés corrigent, observer le comportement du prix peut apporter son éclairage.

S’il évolue à l’intérieur d’une zone de prix connue (appelé range de prix), alors ces mouvements sont du bruit. Ne pas vendre ou racheter sont empiriquement les actions les plus profitables, dans la majorité des cas.

En revanche, s’il casse un support majeur ou sort d’une consolidation de plusieurs mois (cf. les analyses techniques de Thomas Bulkowski), alors c’est un signal technique qui confirme le changement de tendance. C’est un moyen tangible de constater que le PEAD est à l’œuvre.

C’est pour bien distinguer toutes ces subtilités entre ce que le prix incarne réellement ou non que nous vous proposons de suivre nos entretiens privés avec Pierre-Yves Gauthier, Laurent Lamagnère et Jean-Michel Salvador, pour comprendre la portée de ces signaux et pour agir efficacement en conséquence.

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