Le dollar est engagé dans une tendance baissière. Faut-il s’en inquiéter pour ses investissements ?
Depuis plusieurs mois, le billet vert amorce un cycle baissier qui dépasse la simple fluctuation de change. Ce mouvement n’est pas anodin : il redessine les équilibres financiers mondiaux et oblige les investisseurs à revoir leurs repères. Exposition américaine, arbitrages géographiques, nouvelles dynamiques de marché… Les lignes bougent. Vincent Bezault reçoit Christian Parisot, président d’Altaïr Economics, pour décrypter ce que cette inflexion du billet vert implique, concrètement, pour les portefeuilles.
Vincent Bezault : Le dollar semble engagé dans une tendance baissière. Aux États-Unis, l’administration Trump ne paraît pas mécontente de cette évolution, ce qui pourrait prolonger le mouvement. Or, un dollar faible n’est généralement pas favorable aux économies exportatrices comme l’Europe. Faut-il s’inquiéter de cette baisse ?
Christian Parisot : D’un point de vue économique, un dollar faible n’est effectivement pas une excellente nouvelle pour une économie comme celle de l’Europe, et en particulier pour le modèle allemand fondé sur les exportations.
Mais il faut apporter un bémol important. Un dollar en recul signifie un euro plus fort, ce qui atténue les pressions inflationnistes en Europe. Cela redonne du pouvoir d’achat et limite les tensions sur les prix importés.
Dans un contexte où le commerce mondial reste peu dynamique, cette situation peut aussi favoriser la demande intérieure. Les États-Unis ont longtemps vécu avec un dollar fort, qui leur permettait d’importer de la désinflation et de soutenir leur consommation domestique.
Aujourd’hui, l’Allemagne met en œuvre un plan massif de relance pour stimuler sa croissance par la demande interne. Dans ce cadre, un euro fort n’est pas nécessairement pénalisant. Ce serait problématique si l’Europe dépendait exclusivement de ses exportations vers les États-Unis, ce qui n’est plus totalement le cas.
Par ailleurs, cela offre une marge de manœuvre supplémentaire à la Banque centrale européenne (BCE). Les craintes de tensions inflationnistes liées au plan allemand sont aujourd’hui largement minorées. Si l’inflation continue de ralentir, cela pourrait même ouvrir la voie à une baisse des taux.
Enfin, il faut comprendre pourquoi le dollar baisse. Et c’est peut-être là que les implications de marché deviennent plus intéressantes.
Comment expliquer la baisse du dollar ?
Vincent Bezault : Justement, pourquoi le dollar se replie-t-il ?
Christian Parisot : Le mouvement tient essentiellement à des flux d’arbitrage. Un consensus fort s’est installé parmi les grandes banques américaines et les économistes : le dollar devrait continuer à se déprécier cette année.
Lorsque ce type de consensus émerge, il peut parfois aller trop loin. Mais il influence fortement les décisions d’investissement. Beaucoup d’investisseurs ont intégré le risque de change, qui avait largement contribué aux performances l’an dernier.
Cette anticipation intervient alors que le poids des actifs libellés en dollars dans les portefeuilles internationaux a fortement augmenté, à la fois en raison de la longue phase haussière du billet vert et de la surperformance des actions américaines, notamment autour de la thématique intelligence artificielle.
Or, cette thématique est devenue plus incertaine, avec des valorisations élevées. Sans parler de krach imminent, de nombreux investisseurs jugent désormais la bourse américaine relativement chère par rapport à d’autres marchés.
À cela s’ajoutent des fragilités structurelles :
Déficit commercial et déficit courant importants
Déficit budgétaire élevé
Inflation autour de 3 %, contre 2 % en Europe
Incertitudes sur la politique monétaire américaine
Pressions politiques sur la Réserve fédérale
Communication volatile de l’administration Trump
En comparaison, la zone euro présente :
Une inflation revenue à 2 %
Une meilleure visibilité sur la politique de la BCE
Un déficit public autour de 3 %
Un excédent courant et commercial
Certes, l’Europe souffre de fragilités politiques et géopolitiques. Mais en relatif, le couple rendement/risque apparaît plus équilibré.
Dans ce contexte, le maître mot est clair : diversification.
Diversification : Europe et or en première ligne
Vincent Bezault : Cette dynamique peut-elle conduire à une surperformance des marchés européens ?
Christian Parisot : L’Europe constitue naturellement une destination de diversification pour les investisseurs américains. Ce n’est pas tant le rendement attendu qui attire que la réduction du risque.
Le risque conjoncturel y est moins élevé qu’aux États-Unis. L’Europe offre davantage de visibilité, notamment sur les investissements en défense et sur la transition énergétique.
Aux États-Unis, le risque lié à l’IA, les incertitudes sur la Fed et les prises de position de Donald Trump créent davantage de volatilité.
Dans un portefeuille cherchant à réduire sa concentration sur les grandes valeurs technologiques américaines, l’Europe devient un aimant naturel.
Certains investisseurs ont aussi renforcé leur exposition à l’or, autre actif de diversification en période d’incertitude.
L’Asie, grande thématique émergente ?
Vincent Bezault : Au-delà de l’Europe, d’autres zones peuvent-elles tirer leur épingle du jeu ?
Christian Parisot : Oui, et notamment l’Asie. Il convient toutefois de distinguer la Chine, confrontée à un risque de déflation et à des fragilités immobilières, des autres économies asiatiques.
Les flux des non-résidents vers la Chine se concentrent essentiellement sur la technologie. En revanche, l’intérêt s’accroît pour le Japon, l’Inde, la Corée du Sud ou encore Taïwan.
Le cas coréen est parlant : le Kospi a été tiré par Samsung Electronics et SK Hynix. Mais la dynamique ne pourra pas se limiter à deux valeurs.
Plus largement, les enquêtes économiques de début d’année montrent un redémarrage des investissements industriels en Asie.
Pourquoi ? Parce que les incertitudes liées aux droits de douane américains semblent se stabiliser.
Commerce mondial : vers une normalisation ?
Les droits de douane ont fortement perturbé le commerce mondial, créant des cycles erratiques de commandes et de surstocks.
Aujourd’hui, un mouvement de stabilisation s’opère. Même si la rhétorique de Donald Trump demeure offensive, des signaux politiques montrent des dissensions au sein du camp républicain.
Les droits de douane ont contribué à une inflation collante aux États-Unis. Leur efficacité comme arme économique semble s’éroder.
Résultat : les entreprises asiatiques retrouvent de la visibilité. Les enquêtes indiquent un rebond des carnets à l’export et une reprise des investissements après une période de sous-investissement.
Certaines entreprises ont contourné les barrières douanières en passant par le Mexique ou le Canada, limitant l’impact réel des mesures américaines.
Tout cela pourrait soutenir un redémarrage plus rapide que prévu du commerce international.
Allemagne : bénéficiaire indirect
Cette dynamique profite également à l’Allemagne.
Les dernières données montrent un rebond des commandes industrielles, d’abord dans la défense, puis sur les commandes hors zone euro.
Les exportations vers les États-Unis reculent, mais les commandes en provenance d’Asie progressent, notamment pour les biens d’investissement et les machines-outils.
Cela confirme le scénario d’un redémarrage asiatique tirant l’industrie européenne.
Vincent Bezault : En résumé, la diversification de ses investissements s’impose dans un contexte d’incertitudes sur le cycle américain et de baisse du dollar.
Christian Parisot : Exactement. Il faut diversifier géographiquement. L’Europe constitue un actif de stabilisation. L’Asie, notamment l’Inde et certaines économies émergentes, pourrait offrir un potentiel lié à la normalisation des chaînes d’approvisionnement et au redémarrage du commerce mondial.
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